
Pourquoi ma Grand-mère Détestait mes Premières Créations
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Ma grand-mère Lalla Zohra portait les mêmes boucles d'oreilles depuis 40 ans. De gros cercles en argent massif, travaillés à la main par un maître-orfèvre de Meknès. Quand elle bougeait la tête, on entendait leur petit tintement familier.
Mes premières créations AZOR, elles étaient à l'opposé : modernes, épurées, inspirées des tendances Pinterest. J'étais fière de mon côté "international".
"Yasmina, me disait-elle en secouant la tête, tes bijoux, on dirait qu'ils sortent d'une usine européenne. Où est le Maroc là-dedans ?"
Les critiques qui font mal
Au début, je me défendais : "Lalla, il faut évoluer ! Les jeunes femmes d'aujourd'hui ne portent plus les mêmes bijoux qu'avant !"
"Évoluer, oui. Renier ses racines, non."
Elle prenait mes croquis un par un, les analysait avec ce regard perçant qu'elle avait pour tout.
"Celui-là, il ressemble à ce qu'on trouve dans n'importe quelle bijouterie de Rabat. Celui-ci, on dirait de l'espagnol. Et ça, ma petite, c'est du chinois bas de gamme."
Ses mots me blessaient, mais je commençais à comprendre.
La leçon de l'authenticité
Un jour, elle a sorti de son coffret ses bijoux de jeune mariée. Des pièces magnifiques, chargées de symboles, où chaque courbe racontait une histoire.
"Regarde bien, Yasmina. Nos ancêtres, ils ne copiaient personne. Ils créaient à partir de leur vécu, leurs croyances, leur environnement. C'est pour ça que leurs bijoux traversent les siècles."
Elle avait raison. Mes créations étaient jolies mais anonymes. Elles n'avaient pas d'identité propre.
Le tournant créatif
C'est grâce à ses critiques que j'ai développé nos lignes actuelles. Le kholkhal "Danse du ciel" ? Inspiré par les motifs qu'elle brodait sur ses caftans. Notre collection Tifinagh ? Elle qui m'a poussée à redécouvrir cet alphabet.
"Maintenant, me dit-elle en voyant mes nouvelles créations, je reconnais ma petite-fille. Tu crées du Yasmina, pas du générique."
L'héritage invisible
Ma grand-mère est partie l'année dernière. Mais son influence vit dans chaque bijou AZOR. Cette authenticité qu'elle réclamait, c'est devenue notre signature.
Nos clientes me disent souvent : "Vos bijoux ont quelque chose de spécial. On sent qu'il y a une histoire derrière."
Cette histoire, c'est celle de Lalla Zohra qui a refusé que sa petite-fille fasse du banal. Qui m'a obligée à creuser en moi pour trouver ce qui me rendait unique.
Merci, Lalla. Tes critiques impitoyables ont fait de moi une vraie créatrice.