Le rôle des femmes artisanes dans l’atelier Azor

Le rôle des femmes artisanes dans l’atelier Azor

Hier j'ai appris quelque chose de nouveau

Khadija était en train de graver une bague. Je passais derrière elle, j'ai vu ses mains. Elle tenait son burin différemment de moi. Plus délicat, plus précis. Le trait qui sortait était fin comme un cheveu.

"Tu fais comment ?" je lui ai demandé.

Elle m'a montré. Vingt ans que je grave, et cette fille de vingt-cinq ans me montre une technique que je ne connaissais pas.

Ma sœur avait huit ans

Aicha restait toujours dans les jambes de mon père. Lui travaillait, elle regardait. Moi j'étais dehors avec les copains.

Un jour elle prend un bout de cuivre, elle commence à taper dessus avec un petit marteau. Mon père la regarde faire. "Aicha, comme ça tu vas te faire mal."

Elle continue. Tap tap tap. Au bout d'une heure, elle avait fait un petit bracelet. Tout tordu, mais un bracelet quand même.

Mon père l'a gardé. Il le sort encore parfois de son tiroir.

Maintenant Aicha a son atelier. Ses clients font la queue. Moi je suis content pour elle et jaloux en même temps.

Fatima répare l'impossible

Une dame arrive avec une chaîne. Ancienne, très fine, cassée partout. Je regarde ça, je secoue la tête. "Madame, c'est fini cette chaîne."

Fatima était à côté, elle écoute. "Je peux voir ?"

Elle prend la chaîne, elle l'étale sur sa table. Loupe, pinces fines, patience. Trois jours elle y a passé. Moi j'avais oublié cette chaîne.

"Aziz, regarde."

La chaîne était parfaite. Comme sortie du magasin. Chaque petit maillon réparé, soudé proprement.

"Comment tu fais ça Fatima ?"

Elle hausse les épaules. "Je prends mon temps."

Voilà. Elle prend son temps. Moi je suis toujours pressé.

Zineb voit tout

Cette fille, elle voit des rayures sur une bague polie. Des petits défauts que même avec la loupe je ne vois pas.

"Zineb, personne va remarquer ça."

"Moi je le remarque."

Elle reprend son polissage. Une heure de plus sur une bague. Parfois je trouve qu'elle exagère.

Mais ses bijoux, quand ils sortent de l'atelier, ils brillent d'une façon spéciale. Les clients le voient. Ils me disent toujours "celui-là il est différent des autres".

Maintenant je comprends pourquoi.

L'atelier a changé

Avant on était quatre bonshommes. On parlait fort, on riait, on faisait du bruit. Ambiance garage.

Maintenant avec les filles, c'est plus calme. On fait attention à nos gestes. On réfléchit plus avant de parler.

Au début ça m'énervait. Maintenant j'aime bien cette ambiance. On travaille mieux, on fait moins d'erreurs.

Et puis elles ont des idées qu'on n'aurait jamais eues. Salma me propose des motifs berbères modernes. Des trucs auxquels je n'aurais jamais pensé.

Ce que Khadija m'a dit

"Moi quand je fais une alliance, je pense à la femme qui va la porter. Ses mains, comment elle bouge, ce qu'elle fait dans sa journée. Je veux que la bague soit comfortable pour elle."

Nous on pense technique. Poids, dimensions, résistance. Elle pense à la personne.

Une cliente est venue récupérer son alliance. Travail de Khadija. Elle la met, elle bouge sa main, elle sourit. "Elle va parfaitement avec mes gestes."

Khadija était dans l'arrière-boutique. Elle a tout entendu. Elle avait ce petit air satisfait qu'elle prend quand elle est fière de son travail.

Salma et sa tante

"Ma tante faisait des bijoux berbères. Je restais assise par terre à côté d'elle. Elle parlait pas beaucoup mais je voyais ses mains. Elles savaient exactement quoi faire."

Salma a appris comme ça, en regardant. Maintenant elle refait ces motifs anciens mais en moderne. Ça donne des pièces uniques.

Najwa par hasard

"Je cherchais du travail. N'importe quoi. J'ai vu votre annonce apprentie bijoutière. Je savais même pas ce que ça voulait dire."

Trois ans après, Najwa ne peut plus se passer de l'odeur du métal chaud. Elle dit que ça la calme.

Ce qu'elles m'apprennent

Que je peux toujours apprendre. Même après vingt ans.

Que la patience donne de meilleurs résultats que la vitesse.

Que chaque détail compte, même celui qu'on ne voit pas.

Aujourd'hui quand je présente l'équipe

"Voici Khadija, elle grave mieux que moi. Fatima, elle répare l'impossible. Zineb, elle voit ce qu'on ne voit pas. Salma, elle connaît tous les secrets berbères."

Ces filles changent notre façon de travailler. En mieux.

Et moi je continue d'apprendre tous les jours.

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